CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 258

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délégation qui lui a été faite d'une somme annuelle de 50.000 piastres, à percevoir sur les produits des douanes du Tonkin, jugeant cette garantie suffisante.

VI.

Situation au point de vue extérieur,

Le projet d'une intervention énergique au Tonkin n'aurait probablement éveillé aucune opposition si quelques craintes ne s'étaient manifestées de complications internationales. La Commission ne pouvait s'abstenir d'examiner ce côté de la question. Les explications reçues de divers côtés et surtout les renseignements fournis par M. le Ministre des Affaires étrangères, nous ont conduit à réduire toutes ces appréhensions à leur juste valeur.

Du côté de l'Annam, il n'y a certainement rien à craindre, la Commission en est convaincue. Déjà probablement il a cessé toute résistance. Que peut-il en effet? Le passé répond, c'est le cas de le dire, du présent et de l'avenir. Vers 1865 et 1866, les mandarins suscitaient la révolte dans nos possessions et mettaient la plus insigne mauvaise volonté dans le règlement de l'indemnité de guerre ; l'amiral de la Grandière, alors gouverneur, comprit bien vite qu'il n'aurait la paix que lorsqu'il aurait enlevé aux Annamites les trois provinces d'Hatien, Chaudoc et Vinh-long, à l'aide desquelles Hué nous tenait enclavés et nous entourait de conspirations suscitées tout autour de nous. Ces trois provinces étaient populeuses, il y avait plus de dix mille soldats de Hué, les citadelles étaient construites d'après le système Vauban. Il suffit d'une démonstration et tout se rendit; de notre côté, il fut tiré un coup de feu, pas deux, et on critiqua alors vivement en Cochinchine cet acte, qui fut qualifié de violence inutile. Les choses se passeront à peu

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N° 1889

près de même, on peut en être assuré, et notre position sera telle que l'Annam devra même s'interdire ces menées sourdes dont il a usé quelquefois. L'énergie suffit avec Hué, M. Le Myre de Vilers l'a bien démontré. Que pourra-t-il en effet, entre la Cochinchine et le Tonkin, d'où il tire sa subsistance, entre la mer où il nous trouverait et les montagnes où se sont retirés ses mortels ennemis, les anciens Ciam-pois, la race autochthone, qu'il chassa autrefois du pays des ancêtres ?...

On a parlé de la Chine. Les traités de 1874 ont rejeté et pour toujours ses prétentions à une suzeraineté, que l'Annam n'a fait revivre que pour nous combattre. «Il est temps, disait, il y a peu, le Daily New de Hong-Kong, il est temps que la question de la suzeraineté de la Chine sur ces provinces extérieures à ses frontières soit réglée une fois pour toutes. Les gouvernements étrangers ne peuvent pas être arrêtés par cette prétention monstrueuse, véritable anachronisme... » La Chine n'a pas à intervenir dans des affaires qui ne la regardent pas et, comme l'observe le journal anglais, elle ferait mieux de maintenir l'ordre sur ses propres frontières. La Chine de 1883 ne diffère pas du reste de la Chine de 1839 et ceux-là seuls qui ne la connaissent pas peuvent redouter quelque chose de ce côté. Elle a bien assez à faire sur ses frontières russes, en Corée ou au Japon.

Les nations européennes ne nous sont pas hostiles, elles n'ont aucun intérêt à l'être. En Cochinchine, leurs navires, leurs nationaux, leurs produits, sont admis sur le même pied que les nôtres. Il en est de même au Tonkin, elles le savent bien et elles en profitent. Dans les traités de 1874, les stipulations relatives au commerce sont toutes faites en faveur des navires, des commerçants de toute nationalité. Elles n'ont aucun intérêt à gêner notre action. Si quelques esprits inquiets en Angleterre nous regardent d'un œil jaloux, il faut bien reconnaître que les Anglais de l'extrême-orient tiennent un autre langage, et on peut ajouter que le gouverne-

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26 délégation qui lui a été faite d'une somme annuelle de 50.000 piastres, à percevoir sur les produits des douanes du Tonkin, jugeant cette garantie suffisante. VI. Situation au point de vue extérieur, Le projet d'une intervention énergique au Tonkin n'aurait probablement éveillé aucune opposition si quelques craintes ne s'étaient manifestées de complications internationales. La Commission ne pouvait s'abstenir d'examiner ce côté de la question. Les explications reçues de divers côtés et surtout les renseignements fournis par M. le Ministre des Affaires étrangères, nous ont conduit à réduire toutes ces appréhensions à leur juste valeur. Du côté de l'Annam, il n'y a certainement rien à craindre, la Commission en est convaincue. Déjà probablement il a cessé toute résistance. Que peut-il en effet? Le passé répond, c'est le cas de le dire, du présent et de l'avenir. Vers 1865 et 1866, les mandarins suscitaient la révolte dans nos possessions et mettaient la plus insigne mauvaise volonté dans le règlement de l'indemnité de guerre ; l'amiral de la Grandière, alors gouverneur, comprit bien vite qu'il n'aurait la paix que lorsqu'il aurait enlevé aux Annamites les trois provinces d'Hatien, Chaudoc et Vinh-long, à l'aide desquelles Hué nous tenait enclavés et nous entourait de conspirations suscitées tout autour de nous. Ces trois provinces étaient populeuses, il y avait plus de dix mille soldats de Hué, les citadelles étaient construites d'après le système Vauban. Il suffit d'une démonstration et tout se rendit; de notre côté, il fut tiré un coup de feu, pas deux, et on critiqua alors vivement en Cochinchine cet acte, qui fut qualifié de violence inutile. Les choses se passeront à peu 27 1889 près de même, on peut en être assuré, et notre position sera telle que l'Annam devra même s'interdire ces menées sourdes dont il a usé quelquefois. L'énergie suffit avec Hué, M. Le Myre de Vilers l'a bien démontré. Que pourra-t-il en effet, entre la Cochinchine et le Tonkin, d'où il tire sa subsistance, entre la mer il nous trouverait et les montagnes se sont retirés ses mortels ennemis, les anciens Ciam-pois, la race autochthone, qu'il chassa autrefois du pays des ancêtres ?... On a parlé de la Chine. Les traités de 1874 ont rejeté et pour toujours ses prétentions à une suzeraineté, que l'Annam n'a fait revivre que pour nous combattre. «Il est temps, disait, il y a peu, le Daily New de Hong-Kong, il est temps que la question de la suzeraineté de la Chine sur ces provinces extérieures à ses frontières soit réglée une fois pour toutes. Les gouvernements étrangers ne peuvent pas être arrêtés par cette prétention monstrueuse, véritable anachronisme... » La Chine n'a pas à intervenir dans des affaires qui ne la regardent pas et, comme l'observe le journal anglais, elle ferait mieux de maintenir l'ordre sur ses propres frontières. La Chine de 1883 ne diffère pas du reste de la Chine de 1839 et ceux-là seuls qui ne la connaissent pas peuvent redouter quelque chose de ce côté. Elle a bien assez à faire sur ses frontières russes, en Corée ou au Japon. Les nations européennes ne nous sont pas hostiles, elles n'ont aucun intérêt à l'être. En Cochinchine, leurs navires, leurs nationaux, leurs produits, sont admis sur le même pied que les nôtres. Il en est de même au Tonkin, elles le savent bien et elles en profitent. Dans les traités de 1874, les stipulations relatives au commerce sont toutes faites en faveur des navires, des commerçants de toute nationalité. Elles n'ont aucun intérêt à gêner notre action. Si quelques esprits inquiets en Angleterre nous regardent d'un œil jaloux, il faut bien reconnaître que les Anglais de l'extrême-orient tiennent un autre langage, et on peut ajouter que le gouverne- 254
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} 26 délégation qui lui a été faite d'une somme annuelle de 50.000 piastres, à percevoir sur les produits des douanes du Tonkin, jugeant cette garantie suffisante. VI. Situation au point de vue extérieur, Le projet d'une intervention énergique au Tonkin n'au- rait probablement éveillé aucune opposition si quelques craintes ne s'étaient manifestées de complications interna- tionales. La Commission ne pouvait s'abstenir d'examiner ce côté de la question. Les explications reçues de divers côtés et surtout les renseignements fournis par M. le Ministre des Affaires étrangères, nous à conduit à réduire toutes ces appré- hensions à leur juste valeur. Du côté de l'Annam, il n'y a certainement rien à craindre, la Commission en est convaincue. Déjà probablement il a cessé toute résistance. Que peut-il en effet? Le passé ré- pond, c'est le cas de le dire, du présent et de l'avenir. Vers 1865 et 1866, les mandarins suscitaient la révolte dans nos possessions et mettaient la plus insigne mau- vaise volonté dans le règlement de l'indemnité de guerre ; l'amiral de la Grandière, alors gouverneur, comprit bien vite qu'il n'aurait la paix que lorsqu'il aurait enlevé aux Annamites les trois provinces d'Hatien, Chaudoc et Vinh- long, à l'aide desquelles Hué nous tenait enclavés et nous entourait de conspirations suscitées tout autour de nous. Ces trois provinces étaient populeuses, il y avait plus de dix mille soldats de Hué, les citadelles étaient construites d'après le système Vauban. Il suffit d'une démonstration et tout se rendit; de notre côté, il fut tiré un coup de feu, pas deux, et on critiqua alors vivement en Cochinchine cet acte, qui fut qualifié de violence inutile. Les choses se passeront à peu 27 1889 près de même, on peut en être assuré, et notre position sera telle que l'Annam devra même s'interdire ces menées sourdes dont il a usé quelquefois. L'énergie suffit avec Hué, M. Le Myre de Vilers l'a bien démontré. Que pourra-t-il en effet, entre la Cochinchine et le Tonkin, d'où il tire sa sub- sistance, entre la mer il nous trouverait et les montagnes se sont retirés ses mortels ennemis, les anciens Ciam- pois, la race autochthone, qu'il chassa autrefois du pays des ancêtres ?... On a parlé de la Chine. Les traités de 1874 ont rejeté et pour toujours ses prétentions à une suzeraineté, que l'Annam n'a fait revivre que pour nous combattre. «Il est temps, disait, il y a peu, le Daily New de Hong-Kong, il est temps que la question de la suzeraineté de la Chine sur ces pro- vinces extérieures à ses frontières soit réglée une fois pour toutes. Les gouvernements étrangers ne peuvent pas être arrêtés par cette prétention monstrueuse, véritable anachro- nisme... » La Chine n'a pas à intervenir dans des affaires qui ne la regardent pas et, comme l'observe le journal anglais, elle ferait mieux de maintenir l'ordre sur ses propres frontières. La Chine de 1883 ne diffère pas du reste de la Chine de 1839 et ceux-là seuls qui ne la connaissent pas peuvent redouter quelque chose de ce côté. Elle a bien assez à faire sur ses frontières russes, en Corée ou au Japon. Les nations européennes ae nous sont pas hostiles, elles n'ont aucun intérêt à l'être. En Cochinchine, leurs navires, leurs nationaux, leurs produits, sont admis sur le même pied que les nôtres. Il en est de même au Tonkin, elles le savent bien et elles en profitent. Dans les traités de 1874, les stipu- lations relatives au commerce sont toutes faites en faveur des navires, des commerçants de toute nationalité. Elles n'ont aucun intérêt à gêner notre action. Si quelques esprits in- quiets en Angleterre nous regardent d'un œil jaloux, il faut bien reconnaître que les Anglais de l'extrême-orient tien- nent un autre langage, et on peut ajouter que le gouverne- 254
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Situation au point de vue extérieur,

Le projet d'une intervention énergique au Tonkin n'au- rait probablement éveillé aucune opposition si quelques craintes ne s'étaient manifestées de complications interna- tionales. La Commission ne pouvait s'abstenir d'examiner ce côté de la question. Les explications reçues de divers côtés et surtout les renseignements fournis par M. le Ministre des Affaires étrangères, nous à conduit à réduire toutes ces appré- hensions à leur juste valeur.

Du côté de l'Annam, il n'y a certainement rien à craindre, la Commission en est convaincue. Déjà probablement il a cessé toute résistance. Que peut-il en effet? Le passé ré- pond, c'est le cas de le dire, du présent et de l'avenir. Vers 1865 et 1866, les mandarins suscitaient la révolte dans nos possessions et mettaient la plus insigne mau- vaise volonté dans le règlement de l'indemnité de guerre ; l'amiral de la Grandière, alors gouverneur, comprit bien vite qu'il n'aurait la paix que lorsqu'il aurait enlevé aux Annamites les trois provinces d'Hatien, Chaudoc et Vinh- long, à l'aide desquelles Hué nous tenait enclavés et nous entourait de conspirations suscitées tout autour de nous. Ces trois provinces étaient populeuses, il y avait plus de dix mille soldats de Hué, les citadelles étaient construites d'après le système Vauban. Il suffit d'une démonstration et tout se rendit; de notre côté, il fut tiré un coup de feu, pas deux, et on critiqua alors vivement en Cochinchine cet acte, qui fut qualifié de violence inutile. Les choses se passeront à peu

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N° 1889

près de même, on peut en être assuré, et notre position sera telle que l'Annam devra même s'interdire ces menées sourdes dont il a usé quelquefois. L'énergie suffit avec Hué, M. Le Myre de Vilers l'a bien démontré. Que pourra-t-il en effet, entre la Cochinchine et le Tonkin, d'où il tire sa sub- sistance, entre la mer où il nous trouverait et les montagnes où se sont retirés ses mortels ennemis, les anciens Ciam- pois, la race autochthone, qu'il chassa autrefois du pays des ancêtres ?...

On a parlé de la Chine. Les traités de 1874 ont rejeté et pour toujours ses prétentions à une suzeraineté, que l'Annam n'a fait revivre que pour nous combattre. «Il est temps, disait, il y a peu, le Daily New de Hong-Kong, il est temps que la question de la suzeraineté de la Chine sur ces pro- vinces extérieures à ses frontières soit réglée une fois pour toutes. Les gouvernements étrangers ne peuvent pas être arrêtés par cette prétention monstrueuse, véritable anachro- nisme... » La Chine n'a pas à intervenir dans des affaires qui ne la regardent pas et, comme l'observe le journal anglais, elle ferait mieux de maintenir l'ordre sur ses propres frontières. La Chine de 1883 ne diffère pas du reste de la Chine de 1839 et ceux-là seuls qui ne la connaissent pas peuvent redouter quelque chose de ce côté. Elle a bien assez à faire sur ses frontières russes, en Corée ou au Japon.

Les nations européennes ae nous sont pas hostiles, elles n'ont aucun intérêt à l'être. En Cochinchine, leurs navires, leurs nationaux, leurs produits, sont admis sur le même pied que les nôtres. Il en est de même au Tonkin, elles le savent bien et elles en profitent. Dans les traités de 1874, les stipu- lations relatives au commerce sont toutes faites en faveur des navires, des commerçants de toute nationalité. Elles n'ont aucun intérêt à gêner notre action. Si quelques esprits in- quiets en Angleterre nous regardent d'un œil jaloux, il faut bien reconnaître que les Anglais de l'extrême-orient tien- nent un autre langage, et on peut ajouter que le gouverne-

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